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Cinéma

  • Il n'y a plus rien de Bond en ce monde

    C'est avec une immense tristesse que j'apprends le décès de Roger Moore, qui a rejoint à présent le royaume des Saints.
    Son spectre (!)  nous hante encore, mais il n'apparaitra Rien que pour vos yeux, en costume cravate avec son Pistolet d'Or.
    Il fut chéri, comme l'en atteste un Espion qui l'aimait, et savait Vivre et Laisser mourir quand c'était nécessaire. Amateur de pieuvres, principalement du genre Octopussy, et de jolies femmes, il était Dangereusement vôtre espion préféré, et quand ses pas ne l'emmenaient pas aux quatre coins du monde, il partait en croisière au septième ciel avec Moonraker.

    Le Britannique pur souche apportera son flegme imperturbable au paradis des espions,où il restera Amicalement vôtre acteur fétiche.

  • Coup de coeur : La vie rêvée de Mitty

    Une fois n'est pas coutume, j'ai effectivement visionné le film que j'avais décidé en début de soirée. J'ai en effet l'étrange habitude de changer d'avis au dernier moment quand j'ai fixé un programme, et de regarder généralement un tout autre film que celui que j'avais prévu.

    Hier soir donc, j'avais décidé de regarder La vie rêvée de Mitty, de ET avec Ben Stiller.Pour être franc, j'étais un peu sceptique au départ. Le père Ben n'est pas réputé pour sa modération dans son jeu d'acteur, et pratique un humour généralement gras et bas du front. Ce n'est sans doute pas pour rien qu'il a été nominé plusieurs fois aux Razzies Awards, aux côtés d'un autre comédien habitué des blagues prout-caca, à savoir son vieil ami Adam Sandler.Mais allez savoir pourquoi, j'avais quand même acheté le film. Quelque chose dans le scénario m'avait plu, un je-ne-sais- quoi de feelgood-movie, l'impression que pour une fois, l'histoire lui permettrait de sortir de son carcan d'acteur pour bouses.On peut dire que j'ai eu le nez fin, puisqu'en effet, contre toute attente, le film est très agréable à regarder.

    Walter Mitty est un obscur employé au sein de la rédaction de Life, le grand magazine New-Yorkais. Il y mène une vie morne, entre son bureau au sous-sol et ses tentatives lamentables de draguer sa collègue de bureau.  Pour s'échapper de son quotidien abrutissant, Walter Mitty a souvent des moments d'absence, où il vit en imagination des situations qui le grandissent...le contraste avec la réalité apporte une touche particulièrement savoureuse, puisque celle-ci finit toujours par le rattraper.

    Tout bascule le jour où le magazine se fait racheter. A la suite de la perte d'un document,Walter se voit obligé de partir à la recherche de celui-ci, qui se trouve en possession d'un reporter free-lance passant son temps à bourlinguer dans les coins les plus isolés du globe. Lui qui n'avait jamais dépassé le New-Jersey va entamer un périple qui le mènera des fjords du Groenland en Afghanistan, en passant par l'Islande et le volcan Eyajaffallajokul (à vous souhaits).Pour Walter Mitty, ce voyage imprévu va être l'occasion, bien réelle cette fois, de vivre des aventures extraordinaires, et surtout de se découvrir lui-même au long d'un chemin intérieur.

    Certes, on nage ici dans le bon sentiment. Bien sûr, le parallèle road-movie/ voyage intérieur a déjà été utilisé. La prétention de l'acteur/réalisateur n'était sans doute pas de réinventer la roue. Mais les qualités du film sont nombreuses :
    - La photo est magnifique: les transitions réalité/vie imaginaire utilisent des filtres bien choisis qui renforcent l'impression surréaliste de la dernière.

    - Ben Stiller sait jouer. Si, si! Est-ce parce qu'il a réalisé lui-même, est-ce parce que l'histoire lui permettait pour une fois de s'immerger dans son personnage, en tout cas, il est très éloigné des grimaces habituelles et du surjeu permanent. Au contraire, à plusieurs occasions, sa sobriété lui permettent d'apporter une touche très humaine à Walter, pour qui on se prend vite d'affection et qui évolue au long du film.

    - L'humour n'est jamais gras, ou graveleux, contrairement à ce à quoi l'acteur nous a habitués. On est ici dans film aux surprenants accents poétiques, d'abord par la splendeur des paysages, ensuite par les moments touchants disséminés au long de l'histoire : le passage musical à la sortie du Karaoké, l'ascension de l'Himalaya ou l'éruption du volcan sont autant de moments contemplatifs qui donnent une force à l'oeuvre, sans s'attarder trop sur le pathos.

    - la bande-son est particulièrement soignée, et bien adaptée : Space oddity de Bowie, mélangé à la voix de l'actrice qui joue le rôle de Cheryl sur un départ d'hélicoptère, un match de football improvisé en plein camp de base dans les montagnes sur fond de feelgood-rock....autant de petits moments qui donnent une saveur sucrée au film. On n'évite pas toujours la guimauve, mais par les temps qui courent, cela fait du bien.

    Bref, un feelgood-movie qui remplit son cahier des charges de façon honorable; un Ben Stiller épatant de justesse, quelques moments bien trouvés, une belle photographie et une réalisation honnête font de ce film une oeuvre respectable de divertissement. Ma cote : 7/10.

  • Zombie or not Zombie

    A l'approche du BIFFF, Festival du film fantastique de Brufelles....pardon, Bruxelles - c'est que je m'y perds avec tous ces F- je m'interroge sur cette fascination qui pousse chaque année des hordes d'amateurs à s'entasser dans des salles obscures pour visionner des pellicules animées par des cadavres en décomposition.
    Plus que les vampires, plus que les loups-garous, le thème du mort-vivant a toujours fait recette, depuis les jours glorieux de George Romero et sa trilogie des Morts-vivants, où il découpait à la tronçonneuse du gore et de l'hémoglobine tous les tabous et les vices de notre société moderne :

    - dérive de la science

    - obscurantisme de l'armée

    - la surconsommation

    - la volonté de pouvoir, même dans les situations désespérées

    Fascination dont je suis atteint, je l'avoue sans complexe. Rien ne vaut une bonne soirée à se vautrer dans la tripaille en regardant un Evil Dead des familles, c'est à dire le premier. Le remake de 2013 manque singulièrement d'humour, et loupe à mon sens une partie de son objectif.

    Au-delà de l'aspect typiquement adolescent de braver les interdits, le thème des morts-vivants nous renvoie également à ce tabou ultime, cette frontière absolue qui départage le statut d'être vivant et donc fonctionnaliste- on me pardonnera ce néologisme barbare- d'avec une carcasse qui n'a plus ni fonction ni statut au sein d'un environnement dont il faisait encore partie quelques semaines, voire quelques heures auparavant. Cette disparition de fonction explique sans doute pourquoi, depuis l'aube des temps, les morts ont été mis à part dans tout regroupement d'individus, avant même qu'on ne parle d'hygiène ou de religion structurée. Inconsciemment, l'homo sapiens a immédiatement différencié les membres vivants de son groupe des membres décédés. Les actifs des inactifs, les fonctionnels des obsolètes.
    Il est à noter que toutes les civilisations ne sont pas égales en ce domaine : l'Asie par exemple accorde une très grande place aux ancêtres décédés, le taoïsme avec son autel à Mânes en est un excellent exemple.

    Pour une société matérialiste comme la nôtre, il n'est dès lors pas étonnant que les corps nous reviennent sans âme, un peu comme si le fait de mourir avait séparé définitivement l'immanent corporel du transcendant spirituel, et que les deux fonctions ne pouvaient pas coexister une fois la frontière du décès franchie.
    Cette logique implicite nous renvoie au mythe de la dissociation de l'âme et du corps lors du décès, mythe universel puisque les zombies - à différencier des fantômes- asiatiques sont également affligés d'une absence d'esprit. De plus, le fait de concevoir des décédés sans esprit permet par projection de se libérer des contraintes et autres vetos de notre société moderne , qui font appel à des fantasmes enfouis dans l'inconscient collectif. Cannibalisme,inceste, nécrophilie,le zombie peut tout se permettre : il n'a littéralement plus toute sa tête!