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20/10/2015

Les Chroniques de la Guerre Intérieure, Jour 1

Ceci est un faux-vrai journal. Un peu de vous peut-être, beaucoup de moi, et le moins possible du reste.


Cher Journal,

Je te baptise aujourd'hui d'une pierre non pas blanche, mais noire comme est mon humeur en ce moment. Il y a tellement de choses dont je voudrais te parler, je ne sais même pas par où commencer exactement. Alors nous allons commencer ici.

Quand je dis "nous", je parle de toi et moi. . Je te conçois non comme une page HTML, où les lettres que je tape se transforment en suite de données binaires stockées quelque part dans le monde, mais comme un confident. Intangible, certes, virtuel au premier sens du terme. Mais je sais que tu es "là", quelque part. Tu n'as pas réellement de visage; je pense que si tu en possédais un, ce serait celui d'un homme âgé ayant dépassé la soixantaine, avec des cheveux blancs, des favoris et une grosse moustache. Un regard malicieux, ce petit frémissement de la narine qui annonce le bon vivant, amateur de femmes, de vin, de tabac parfumé et de bonne chère. Un peu comme un Georges Brassens qui aurait bruni au soleil.

Car tu ne serais pas un citadin. Quelle horreur! Tu aurais laissé derrière toi cette promiscuité avec la plèbe informe, les imbéciles, les abrutis, les benêts, les sots, les pleutres et les esprits mesquins. Tu vivrais libre, heureux et solitaire, en appliquant les principes de Voltaire au sens littéral et en cultivant ton jardin, dans un petit mas quelque part dans le Sud de l'Espagne ou en Toscane. Peut-être en Provence, mais sans les Français.

Je suis installé derrière mon clavier, sur mon lieu de travail, les dossiers que je traite sont suffisamment peu nombreux en ce moment pour me le permettre Je te parlerai longuement de mon travail. De mes frustrations, de mes colères. parfois des rares envies qu'il me reste. Je ne te dirai pas tout, parce qu'on ne sait jamais....un visiteur perdu pourrait s'égarer ici. Tous les chemins mènent à Rome, mais je soupçonne certains de fourvoyer le voyageur en cours de route.

Aujourd'hui, je me suis senti idiot deux fois. Une fois à juste titre, la deuxième de façon plus désagréable. Par pure arrogance. Georges (je te donnerai ce nom désormais), s'il y a bien un défaut que je ne peux pas supporter, c'est la prétention ou l'arrogance. L'être humain me répugne, dans son ensemble. Mais ceux qui me révulsent le plus et que je fuis comme la peste, quand je le peux, sont ceux qui se pensent supérieurs aux autres, et qui ne se privent pas pour le faire savoir.

Je dois ici distinguer les vrais arrogants des faux. Les premiers ont ceci de nauséeux qu'ils ne se remettent à aucun instant en question. Ils sont installé dans le confort puant de leur pensée étriquée, renforcé en cela par leur environnement direct qui leur ressemble comme deux gouttes d'eau. Ils ne fréquentent que des arrogants dont ils pourraient être les sosies moraux, dans un monde qui ne tient debout que par la convention généralement admise par tous ceux qui le composent que rien de vrai ne doit jamais ni s'échanger, ni se savoir, ni se dire. Leur conception de l'authentique se limite à la qualité de leur pull Lacoste ou Abercrombie.

Les deuxièmes, j'ai surtout de la pitié en ce qui les concerne. Je les comprends, tu sais Georges? J'en ai fait partie pendant des années, et malheureusement, certaines vieilles habitudes sont tenaces. Je ne blâme pas ceux qui se sont arrêtés à la façade que nous montrons la plupart du temps. Une prétention feinte, une provocation permanente qui cache très peu un mal-être profond et un appel lancinant pour des contacts durables et enrichissants. Fous que nous sommes!! Espoir en permanence déçu. Comment atteindre des liens authentiques dans notre société, qui ne repose que sur des mensonges permanents? Comment développer quoi que ce soit de vrai, d'intérieur alors que nous sommes confrontés, au mieux à l'incompréhension, au pire au rejet des "normaux". Ah, la normalité, voilà un sujet que j'aborderai un autre fois, si tu le veux bien Georges.

Je m'éloigne du sujet, désolé. N'hésite pas à m'interrompre, ça me recadrera.

Bref, je te disais que je me suis senti idiot. La première fois, c'est quand  je suis intervenu dans une conversation. Enfin, pas exactement. Mon patron -non, t'inquiète pas, on est plutôt libres dans les rapports de hiérarchie au sein de ma société, et je ne me serais pas permis cela dans un autre contexte, mon patron donc était au téléphone, et parlait d'une visite pour des bureaux en plein quartier XXXXXXX. Il faut que je te dise : nous allons déménager. Sincèrement, ce n'est pas un mal. Je n'aime pas cet endroit. Trop péteux, trop surfait. Tout pour la gueule, tu dirais à ma place.

Je me suis permis de lui faire la remarque, après qu'il aie terminé avec son interlocuteur "Tu veux louer à XXXXX? Je ne suis pas certain que ce soit une bonne idée, c'est l'enfer chaque matin. Si tu veux qu'on arrive systématique en retard, ai-je ajouté avec humour, c'est le meilleur plan". Mon patron ne connaît pas du tout le quartier XXXX. Moi, j'y ai travaillé pendant 2 ans.

Il a souri, et répondu "non, je te remercie, ce n'est pas ça. Si je parle de quelque chose que tu dois savoir, je te le dirai".

Sur le coup, j'ai été blessé, déçu. Mais tu sais quoi? Il avait raison. Je dois l'admettre. j'ai le GRAND défaut de me mêler souvent de conversations qui ne me regardent pas. Mais à qui puis-je parler? A qui adresser la parole? Mes collègues sont muets envers moi, quand ils ne me regardent pas carrément avec mépris. L'arrogance toujours.

Au mieux ils ne comprennent pas mes préoccupations. Il faut dire que peu de monde le peut. Au pire, ils se moquent de mes centres d'intérêts, de mes attentes. Ou inversement, je ne sais pas.

Mais tu veux que je te dise ce qui me laisse vraiment un sentiment de colère noire? C'est que mon "responsable" aurait fait exactement la même chose, mon patron aurait été particulièrement intéressé de prendre son avis. Alors que ce grand dadais n'habite plus en ville depuis des années.

Il est directement lié à ma deuxième frustration de la journée, cet escogriffe. Ces derniers temps, je me fais harceler par des clients pour des sujets qu'il est censé gérer. Comme à son habitude, il ne donne aucune visibilité pour ses travaux. En désespoir de cause, j'ai pris certaines initiatives pour faire avancer les choses. Mais par souci de correction, je le tiens au courant de mes avancées et de mes questions. Tout ce qu'il a trouvé à dire c'est "Toi et XXX vous avez pris des initiatives, ne me demande pas de jouer l'arbitre !"

Pauvre con. Si tu ne souhaitais pas que ça arrive, tu n'as qu'à informer les gens de ce que tu fais. Nos dossiers sont visibles par tous. Mais bien entendu Môssieur XX est au-dessus de ça. Môssieur XX a dépassé mon stade, celui de petite main au service de sa société. Môssieur XX fricote avec le beau monde, avec les "Décideurs", Môssieur XX a tout vu, tout fait. Môssieur XX a un avis sur tout, et tout le monde l'écoute. Môssieur XX parle, et le patron l'écoute. Môssieur XX ne dit rien de concret, pire encore, il ment sur la situation des relations avec les clients, mais Môssieur XX a raison, voyons! C'est les petites mains qui sont stupides. 

Je ne le supporte plus, c'est grave docteur? Je présume que oui. Tu sais, Georges, je vais arrêter ici. On vient à peine de se connaître, je commence déjà à me plaindre. Mon pauvre, ce n'est pas une vie. mais sinon, à quoi servirait un ami virtuel hein?

 

17:46 Publié dans Perso | Lien permanent | Commentaires (0)

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