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14/10/2015

Coup de coeur musical: Chapter 13, de Gorefest

Le cas de Gorefest reste un exemple d'une malchance phénoménale, celle de louper le coche continuellement. Ou plus exactement celle d'être ou trop en avance, ou trop en retard sur le train qui passe.

Après un Erase unanimement acclamé, les Bataves emmenés par un Ed Warby au jeu de toms monstrueux de groove et de patate carabinée, prennent un virage pour le moins osé. Le premier titre donne le ton, aux forts relents de rock'n roll poisseux et enfumé, avec de ci, de là quelques poussées sludge et post-punks des plus surprenantes. Bien sûr, la voix grumeleuse de Jan Chris de Koeyer est immédiatement reconnaissable, avec son éternel glaviot glaireux coincé au fond de la gorge, mais les cavlacades de double grosse caisse ont quasiment disparu, au profit d'une percussion nettement plus aérée, tout en étant épatante de lourdeur sur les toms clairs et les cymbales. Le son s'est globalement assourdi et épaissi, aidé en cela par une production étouffante, un peu à l'image d'un Suffocation ou Immolation, toutes proportions gardées.

Là où l'album détone vraiment, c'est dans les solis de guitare, nettement plus rock et mélodique que par le passé, wah-wah à fond les ballons et descente en arpèges au programme. Ce feeling rock traverse tout l'album; on notera au passage que la plupart des chansons se conjugue en mid tempi, voire low. Pas que le propos se soit adouci, loin de là, certains morceaux comptent même parmi les plus lourds que le groupe aie jamais composés comme Broken Wing ou Repentance.

Une autre innovation est à chercher du côté du traitement de la voix : ça part un peu dans tous les sens, du vocoder vicieux à un chant clair (le seul point faible de l'album, heureusement utilisé avec parcimonie, et intelligemment), en passant par un chant post-punk pour le moins réussi (F.S. 2000). Cette démarche accentue le feeling new-wave/ post-punk de l'album, sorte de copulation contre-nature entre un Killing Joke sous champignons et Entombed avec une gueule de bois. C'est dire la lourdeur des morceaux et leur penchant foncièrement rock'n roll cradingue.

Alors non, Gorefest n'a pas fait "du Gorefest". Les Hollandais ont eu le courage, après un succès planétaire, de s'aventurer là où on ne les attendait pas. Peut-on décemment leur en vouloir? N'est-ce pas le propre d'un artiste au sens noble du terme de repousser ses limites? Comme Napalm Death avant eux avec le tryptique Diatribes, Words from Exit Wounds ou Utopia Banished, Gorefest teste, essaie, découvre.

Il est entendu que toutes les expérimentations ne sont pas des réussites, loin de là. La liste est longue dans les écarts de conduite douteux: Annihilator avec Remains, Morbid Angel avec Illud Divinus Insanum, et j'en passe...Le combo l'a payé cher, puisqu'après un Sole Survivor encore plus expérimental, il splitte dans l'indifférence générale. Malgré un retour réussi en 2005 d'abord avec La Muerte, puis 2009 avec Rise to Ruins, la sauce ne prend plus.

Ce n'est pas faute d'avoir voulu plaire à SON public, en revenant aux racines d'un death mid tempo puissant et groovy, mais rien n'y fait. La mode des groupes de death proposant de vraies chansons est révolue, les années 2000 verront s'accentuer le tournant vers des genres plus brutaux ou plus techniques. En 2009, le groupe se sépare définitivement. Reste quelques brûlots, et un certain regret, comme la mélancolie qui s'échappe d'un F.S. 2000 avec ses arpèges mineurs et son accroche que n'aurait pas reniée un Joy Division de la grande époque.

 

 

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