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Vu au Théatre : Ondine Démontée

Relecture déjantée d'une pièce de Jean Giraudoux. Entre hommage, pastiche, trip sous acide et jeu de miroirs, la pièce ne laissera personne indifférent. On aime ou on déteste...

Vu au Théâtre Les Tanneurs. Une pièce étrange, qui s'inspire très librement de l'oeuvre éponyme de Jean Giraudoux. Si le premier acte et la fin du dernier sont en effet relativement proches du texte , le noyau central (les intermèdes, le2 et le 3ème actes) sont eux complètement originaux, avec un jeu ébouriffant de double, voire triple lecture entre la pièce elle-même, les acteurs dans la pièce et la réalité. Cette ambigüité apporte un plus,indéniablement.On a l'impression qu'après un démarrage presque trop "sage", la pièce prend enfin son envol. Paradoxal, dans le sens où c'est précisément quand elle s'éloigne le plus du théâtre "conventionnel" que les acteurs semblent enfin révéler de vrais talents de comédiens.

Une franche réussite? Pas vraiment. Entre les accents/voix pris par le pêcheur et sa femme qui donnent une impression de surjeu permanent (mais peut-être est-ce voulu?), la mise en scène volontiers chaotique, la nudité qui à mes yeux n'est pas exploitée à sa juste valeur...il y a de nombreux éléments qui entachent le tableau.

Certaines trouvailles tombent à plat : la surcharge de décors, notamment. Le fait de voir les autres acteurs déplacer les éléments pendant la pièce donne un sentiment étrange, comme une double vision : la pièce d'un côté, et en même temps les coulisses de celle-ci. Un peu comme si on voyait en même temps le film et son making-of:ça casse le mythe. Mais de nouveau, il s'agit ici sans doute d'une intention du metteur en scène.

Les corps nus ne m'ont pas spécialement choqué. Je regrette par contre qu'ils  n'aient pas été utilisés plus judicieusement.Par exemple, l'acte final, lors du procès, aurait nécessité selon moi beaucoup plus cet artifice que le premier acte. Il aurait apporté une emphase sans tomber dans l'exhibitionnisme graveleux. Parce qu'en réalité, c'est là que le bât blesse: je suis ressorti de la salle avec la curieuse impression que le metteur en scène avait voulu placer des fesses, des vagins , des pénis et des seins plus pour choquer mémé dans les chaumières que vraiment pour servir son sujet...sans oser aller jusqu'au bout  de sa démarche de désacralisation du corps.

Des idées, il y en a pourtant. Et des bonnes, qui plus est. L'ambigüité permanente entre les différents niveaux de lecture, notamment, qui donne tout son sel à la pièce. Les intermèdes également, les trouvailles visuelles (le costume de l'enchanteur, le film imbriqué...), les interactions impromptues dans et avec le public, le jeu de bascule théâtre/ vie réelle à tel point que les acteurs finissent par s'appeler par leur vrai prénom durant la pièce;non, réellement, il y a de la teneur, du fond. Hélas, le tout est  noyé dans un aspect brouillon, non abouti. Une relecture originale, certes, et aussi  surchargée et confuse. Pas un échec, pas un franc succès non plus. A voir, certainement, pour vous faire une opinion,en spectateurs avertis et (très) ouverts d'esprit.

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