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Invasion Los Angeles (They Live). John Carpenter


Ce film curieux, sorti en pleine période noire pour Big John C. reste une anomalie cinématographique plus de vingt ans après sa parution. Simplicité du pitch, d'abord. Un vagabond (ironiquement nommé John Nada ) déambule dans une ville non-précisée au milieu des années 80. Un peu par hasard, il découvre une organisation secrète fabriquant des lunettes particulières. Lorsqu'il les met, il se rend compte que des messages subliminaux sont transmis à l'insu des habitants. Pire, des extra-terrestres au visage squelettique se sont infiltrés parmi la population. Des expulsions violentes ont lieu dans l'indifférence générale, des scientifiques disparaissent apparemment sans raison, et personne ne réagit. John comprend que tous sont manipulés par les aliens et part en guerre contre ces fichus envahisseurs incognitos.

Plus que le script très enfantin, c'est surtout les messages indirects qui sont frappants. Dans une société déshumanisée terrifiante, les pauvres sont chassés à coup de bulldozers, et pendant que les citoyens s'extasient devant des pubs vantant les mérites de produits inutiles pour une caste restreinte de gens très huppés, la ville les spolie peu à peu de toutes leurs possessesions sous le regard éteint des habitants.
La scène avec les deux clochards regardant la télé dans leur chaise de camping bancale est à ce sujet très révélatrice. Pendant qu'ils ont à peine de quoi se nourrir, la chaîne leur montre des images de gens riches et beaux sous le soleil. 

Plus qu'une vraie histoire, le film est gros "fuck off" aux années Reagan et à son capitalisme exacerbé, ainsi qu'une revendication d'une marginalisation idélogique assumée. C'était le temps béni des Christine, The Thing ou L'antre de la Folie, pépites du cinéma alternatif. C'était avant les bouses comme Ghost of Mars, où le maître se ratatine complètement.

Film fauché,certes. Des acteurs plutôt de seconde zone, des effets un peu cheap; pas de doute, on est ici dans un cinéma de la débrouille.

Cela dit, les points positifs sont nombreux. Une photographie froide et très piquée donne le ton d'une ville inhumaine et une ambiance poisseuse, très proche d'un New York 1997 dans l'esprit. La musique, signée de la main du maître réveille un malaise latent, souligné par des nappes de synthés cliniques.Engager Roddy Piper, ex-catcheur se révèle un choix plutôt payant; l'Ecossais promène sa musculature et sa bonhommie désabusée tout au long du film et fait mouche avec son côté "ouvrier lambda". Truffé de longueurs inutiles, parfois surjoué (cette scène de bagarre tout à fait hallucinante dans les containers) mais viscéralement honnête et foncièrement jouissif, They live est à redécouvrir au cours d'une soirée cinéma bis et conserve tout son intérêt pour tout amateur de vrai cinéma burné qui se respecte.

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